Basée à Angers, l’entreprise de livraison K’liveo fait figure de pionnière dans l’utilisation des triporteurs électriques. « Avec ce choix à la création la société en 2016, notre projet était de développer les livraisons à vélo pour répondre à la problématique de congestion du centre-ville et de pollution », rappelle Hélène Grellier, gérante de K’liveo.

Rappelons que les triporteurs électriques ont largement montré leur pertinence dans le cadre professionnel, et tout particulièrement pour livrer le dernier kilomètre. Et en quelques années, ces « vélos » se sont multipliés au sein des centres-villes. Révélateur de cette diffusion croissante : les fabricants se font de plus en plus nombreux à en proposer, pour toutes sortes d’activités. Kleuster, qui s’est allié à Renault Trucks pour produire le triporteur Freegônes, estime ainsi le marché français à 3 000 unités en 2023, avec des prévisions de progression de 33 % en 2024 et de 66 % deux ans plus tard.

K’liveo, pionnier du triporteur

Chez K’liveo, la flotte compte actuellement douze triporteurs électriques de la marque Nihola. « Nous achetons ces modèles environ 8 000 euros pièce et nous les amortissons sur quatre ans. Nos huit dernières acquisitions datent de l’été 2021 », détaille Simon Bondu, le responsable d’exploitation de K’liveo. L’investissement total, avec les accessoires pour les vélos, a atteint un total 80 000 euros.
Parmi ces triporteurs, trois s’équipent de rampes à l’avant pour charger des palettes de 80×120, avec un gerbeur électrique pour faciliter le chargement. Sur cette rampe, ils peuvent aussi recevoir des caisses d’environ 1 m3 afin de charger des colis. À l’arrière, les vélos attellent des remorques Bicylift du fabricant rennais Fleximodal, conçues pour charger et décharger une palette en quelques secondes. « Au lieu d’une palette, nous pouvons mettre un caisson pour charger les colis et les sécuriser », précise Simon Bondu. La diversité des accessoires proposés sur le marché aux professionnels permet aussi de diversifier les produits transportés : depuis des colis classiques aux palettes, en passant par les fleurs ou les denrées alimentaires conservées au frais grâce à des box réfrigérées. Et avec ces différents équipements, les triporteurs se substituent en partie aux véhicules thermiques, « même s’il faut pédaler et que cela représente une certaine pénibilité », nuance Simon Bondu.

300 kg et 3 m³ de marchandises

En poids, les triporteurs emportent des charges de l’ordre de 300 kg. « Nous emmenons 150 kg à l’avant et 180 kg dans la remorque », reprend ce responsable. En capacité volumétrique, les triporteurs de K’liveo transportent jusqu’à 3 m³ de marchandises, contre 12 m³ pour les VU. « Il y a une grosse différence entre les deux, mais nous y gagnons en facilité de circulation avec les triporteurs. Nous pouvons par exemple emprunter les pistes cyclables. Nous ne rencontrons donc pas de gêne due à la congestion du centre-ville ou à des événements ponctuels comme le marché de Noël. Ces triporteurs contribuent aussi à diminuer la manutention puisque nous nous approchons au plus près de la porte du client », argumente le responsable de K’liveo.

Reste que malgré l’ensemble de leurs qualités, les triporteurs ne suffisent plus à faire face au volume et à la nature du travail demandé à l’entreprise. Car suite à un contrat de livraison signé avec un logisticien, K’liveo doit désormais couvrir, lors de ses courses, une grosse moitié d’Angers et atteindre des destinations trop éloignées pour des vélos. « Pour ce contrat, nous avons dû nous diriger vers un modèle de flotte mixte : avec des vélos et des véhicules électriques », relate Simon Bondu. Et un autre client a imposé à l’entreprise de recourir au véhicule électrique plutôt qu’au vélo pour des raisons de sécurité. « C’est pour le transport de colis à haute valeur ajoutée, comme des lots de téléphones coûteux, ou des passeports et des cartes d’identité pour des institutions », décrit Simon Bondu.

Des VUL électriques

À noter que la flotte comptait déjà un véhicule thermique de 22 m³ pour effectuer des navettes entre les clients de K’liveo et ses entrepôts, afin de ramener des colis ensuite redistribués à vélo. Comme toutes les entreprises qui livrent à vélo, K’liveo s’appuie en effet sur un site déporté, mais assez proche du centre-ville pour l’atteindre facilement à vélo. « Nous aurions souhaité remplacer ce véhicule par de l’électrique ou du GNV mais les tarifs sont trop élevés, soit l’équivalent du double », regrette Simon Bondu.
Pour répondre à ces nouvelles demandes, quatre VUL électriques, soit trois MAN eTGE de 11 m³ et un Mercedes eSprinter, ont donc intégré la flotte de K’liveo. Mais ces trois eTGE ont mis l’entreprise face à une problématique nouvelle, celle du financement. « À ce moment-là, les financeurs auxquels nous nous sommes adressé n’ont pas jugé notre dossier assez solide », se rappelle Simon Bondu. Lease Green a finalement accepté de s’engager auprès de K’liveo, pour des contrats de LLD sur trois ans. Et la société s’est retournée vers ce loueur pour l’eSprinter intégré un an plus tard. L’arrivée de ces véhicules a logiquement mis l’entreprise face à une autre problématique : celle de la recharge électrique. D’un point de vue organisationnel, la question a été simple à résoudre : les livreurs ne travaillent que le matin, de 6 h 00 à 14 h 00, et remettent les véhicules à charger pour les avoir « pleins » le lendemain matin.

La recharge en question

Quant aux bornes, l’entreprise fait jusqu’ici appel à celles mises à disposition dans ses locaux par le logisticien pour lequel K’liveo emploie les trois eTGE. De son côté, l’eSprinter se recharge dans les locaux de K’liveo. Un dispositif suffisant mais qu’il faudra peut-être revoir à la hausse au gré du développement de l’activité.

« Nous sommes en discussion avec une autre entreprise de livraison. Cette société livre en véhicules thermiques à Angers et serait intéressée pour nous confier la distribution en véhicules électriques dans la périphérie de la ville », expose Simon Bondu. Ce client potentiel n’est pas propriétaires de son site et n’a pas la possibilité d’installer les bornes nécessaires à son activité. Pour K’liveo, ce volant supplémentaire d’activité nécessiterait donc d’installer des bornes en plus sur son site ou de se tourner vers d’autres solutions.

« Nous avons rencontré les commerciaux d’un prestataire qui propose de louer des véhicules et de pratiquer des recharges en itinérance avec un ensemble d’outils de suivi, indique Simon Bondu. Mais cela ne semble pas évident de prendre du temps sur la tournée pour recharger, et je préfère l’organisation actuelle où l’on recharge une fois terminées les tournées », tranche-t-il. Un autre prestataire propose des véhicules en location avec moins d’outils de suivi mais des installations de bornes. Dans les deux cas, des solutions que Simon Bondu estime coûteuses.

Un manque d’espace

Enfin, avec ce client, l’entreprise va aussi devoir rechercher de nouveaux locaux. « Nous occupons une surface de 400 m², mais nous notons une grosse augmentation des flux et cet espace commence à devenir étroit », constate Simon Bondu. Et pour la pérennité de l’activité, le site devra se situer à proximité du centre-ville pour ne pas imposer aux triporteurs de distances trop longues à parcourir. Il devra aussi présenter la capacité d’accueillir la flotte de véhicules électriques, et bénéficier de la puissance électrique nécessaire pour alimenter leurs bornes. Et le tout, bien sûr, à un tarif accessible pour la jeune entreprise. Une équation difficile à résoudre mais qui n’effraie pas Simon Bondu. Depuis un an et demi, l’entreprise a déjà déménagé cinq fois…



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Frédéric Blin pour Floauto.com