«Le smart charging, ou recharge intelligente, permet de limiter la puissance d’un côté, et d’optimiser la recharge dans le temps d’un autre côté », explique Olivier Dubois, directeur mobilité électrique d’EDF. Avant de détailler : « Nous proposons le pilotage local aux clients qui ont besoin de maîtriser la puissance de raccordement. Et il nous est aussi possible de suivre les prix de l’électricité dans le temps pour ainsi déplacer la recharge et la démarrer aux moments où l’énergie est abondante, bas carbone et en général moins chère », expose Olivier Dubois.

Selon François Oudot, P-DG de l’opérateur de recharge Bump, la recharge en heures creuses représenterait un gain, sur le coût de l’électricité, de l’ordre de 15 % à 20 %, voire 30 %. « 26 % des possesseurs de véhicules électriques déclarent piloter la recharge », complète l’« Enquête comportementale auprès des utilisateurs de véhicules électriques », publiée par Enedis en septembre 2023. « Et la programmation horaire dans le véhicule reste le moyen de pilotage de la recharge le plus employé, à hauteur de 46 % », avance cette enquête.

Abaisser la puissance

« La supervision est très importante pour éviter de consommer trop de puissance, valide Benoît Duval, gestionnaire de la flotte de l’éditeur de logiciels SAP Labs. Un transformateur est dimensionné en fonction des installations de départ. Si vous voulez consommer plus, vous devez donc installer un nouveau transformateur, soit plus de 200 000 euros à payer à Enedis, en plus de l’investissement dans les bornes. » Pour Benoît Duval, l’intérêt de la recharge intelligente n’est donc plus à prouver. Chez SAP Labs, le smart charging est assuré grâce à la solution maison SAP Labs E-Mobility. Cette solution va notamment abaisser la puissance des bornes pour ne pas dépasser la puissance globale souscrite.

Sans oublier qu’une recharge supervisée, c’est une recharge surveillée à l’aide de bornes connectées dont les consommations sont donc suivies de très près. « Les clients ont besoin d’avoir des données sur la recharge pour connaître leur consommation électrique et donc leurs dépenses, justifie Sébastien Mathiou, directeur des solutions pour l’électrification des flottes chez Schneider Electric. Toutes les bornes que nous commercialisons sont connectables et, en pratique, elles sont toutes connectées. » Sébastien Mathiou souligne d’ailleurs que Schneider Electric voit se multiplier le nombre de demandes pour déployer des solutions de recharge intelligente. « En 2024, pour nos clients, nous allons continuer à déployer des solutions avancées de smart charging, qui prennent en compte la puissance disponible, les énergies renouvelables, les tarifs de l’électricité et les contraintes des conducteurs », ajoute Sébastien Mathiou. Par « contraintes », ce responsable entend : « L’optimisation du tarif, la disponibilité de l’énergie renouvelable et le temps pour qu’un véhicule se recharge au moment voulu par le conducteur. Il est crucial de maintenir la facture d’électricité à un niveau raisonnable », insiste ce responsable.

Une forte demande

« Notre filiale Izivia, qui installe des bornes dans les sites des entreprises, est toujours plus sollicitée pour le smart charging », note aussi Olivier Dubois, pour EDF. En précisant que plus de 1 000 bornes sur les 12 000 installées en France dans les sites de l’énergéticien fonctionnent déjà en smart charging. « Et nous allons fortement augmenter ce nombre », ajoute Olivier Dubois. Une tendance qui devrait aussi toucher les clients de l’énergéticien. « Nous allons également accélérer le déploiement du smart charging dans les parkings de nos clients entreprises », anticipe Olivier Dubois.

Selon François Oudot pour le prestataire Bump, les bornes non communicantes sont vouées à disparaître des entreprises : « La borne non communicante n’existe plus dans les nouvelles installations. Nous en voyons encore lorsque nous reprenons des parcs de bornes, mais c’est de l’histoire ancienne et ce sont des équipements à remplacer », pointe François Oudot. Illustration par l’exemple : « Nous avons un gros client logistique qui possède plus de 1 000 bornes déployées dans ses sites. Ce sont de vieux modèles avec lesquels il n’est pas possible de démarrer la recharge en heures creuses. L’installateur de bornes avec qui ce client travaillait ne pouvait pas proposer ce service. Nous avons donc analysé comment fonctionnent les bornes et créé un logiciel ad hoc qui injecte un signal à 22 h 00 pour commencer à recharger en heures creuses », relate François Oudot.

Smart charging et énergie verte

Chez EDF, Olivier Dubois rappelle pour sa part que le pilotage de la charge peut très bien se coupler au paramètre « source de l’énergie » : autrement dit, la recharge peut démarrer de préférence lorsque la source de l’énergie est renouvelable. D’autant que cette électricité d’origine décarbonée est en général moins chère. Mais attention, « il n’y a pas que la consommation, prévient Clément Molizon, délégué général de l’Avere-France, l’association nationale pour le développement de la mobilité électrique. Il est aussi important d’assurer le stockage de cette énergie renouvelable, car tous les véhicules ne vont pas forcément se recharger à midi, lorsque les panneaux photovoltaïques produisent le plus. Stocker l’énergie pour l’employer ensuite est un vrai sujet, tout comme l’autoconsommation. C’est une question dont on discute avec Enerplan (syndicat de l’énergie solaire renouvelable) et le syndicat des énergies renouvelables. »

Pour cela, des solutions comme le V2G (vehicle-to-grid) trouvent toute leur utilité : soit un smart charging bidirectionnel où le véhicule électrique devient lui-même un moyen d’aide au stockage de l’énergie pour la réinjecter dans le réseau de manière intelligente quand cela est nécessaire. Ce smart charging bidirectionnel est en test pour la flotte d’EDF dont la coentreprise Dreev est le spécialiste de cette technologie en France.

Enfin, le pilotage de la recharge ne se résume pas aux bornes installées sur le site d’une entreprise. « Ce pilotage est aussi possible pour le domicile, rappelle Olivier Dubois, pour EDF. On peut piloter la borne connectée à Linky qui peut démarrer la charge quand cela est pertinent, comme lors des heures creuses, et qui peut aussi limiter la puissance de la borne en fonction de la puissance déjà utilisée par le domicile, ce qui évite souvent au client d’augmenter la puissance souscrite. » Soit du smart charging chez soi.

L’intelligence à domicile

Évoquée plus haut, l’étude 2023 d’Enedis sur les comportements des utilisateurs de véhicules électriques montre que 9 % d’entre eux pilotent leur recharge par un lien filaire avec le compteur électrique. Le smart charging n’est donc plus une nouveauté, mais un engrenage de plus dans l’univers de la recharge, appelé à s’inscrire dans la norme.



Pour lire l’article complet, rendez vous sur le site de l’auteur : Source de l’article

Intissar El Hajj Mohamed pour Floauto.com